Augusto Cruz, "Londres après minuit"

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Augusto Cruz, "Londres après minuit"
Publisher: Christian Bourgois | 2015 | ISBN: 2267027380 | French | EPUB | 411 pages | 0.38 Mb

McKenzie, homme de confiance de John Edgar Hoover, a longtemps travaillé au FBI. Désormais à la retraite, il se voit contacté par Forrest J. Ackerman. Ce célèbre collectionneur passionné de cinéma a accumulé nombre d'objets au fil des ans. Une pièce de choix lui manque cependant : une copie de Londres après minuit, film muet réalisé par Tod Browning en 1927. Tout laissait penser que ce film culte avait définitivement disparu dans l'incendie des entrepôts de la MGM en 1967. Un jeune homme affirme soudain avoir pu le visionner lors d'une projection privée... Ne pouvant concevoir de mourir sans avoir revu ce film, Ackerman missionne McKenzie pour le retrouver. Faisant fi de la malédiction qui semble frapper tous ceux qui ont tenté de s'approcher du film, l'ex-agent se plonge dans l'un des plus grands mystères de l'histoire du cinéma.
Mêlant habilement fiction et faits réels, Augusto Cruz tisse une intrigue passionnante, riche en rebondissements, en forme d'éloge au septième art.

Augusto Cruz est né à Tampico, au Mexique, en 1971. Romancier, il est également scénariste et critique de cinéma. Il est membre de l'union des scénaristes mexicains et a participé à de nombreux ateliers d'écriture de scénarios, à Mexico et à l'université de Los Angeles (UCLA). Il collabore par ailleurs à plusieurs revues : Etiqueta Negra, une revue culturelle péruvienne, et La Nave, une revue mexicaine dirigée par Sergio Pitol.
Avec Londres après minuit, son premier roman, il associe sa passion de la littérature et du cinéma.

Forrest Ackerman vivait pour les monstres et certains d'entre eux, les plus légendaires, survivaient grâce à lui. Le jour où il sollicita mes services, il donnait l'impression de ne pas avoir de temps à perdre. Bien qu'âgé de quatre-vingt-onze ans, il n'arrêtait pas de consulter des documents tout en parlant au téléphone, prenait des notes et essayait d'écraser une fourmi qui se promenait sur le bord de son bureau. Dans son dos s'empilaient des tours de DVD, de beta vidéo-cassettes et de VHS, de films super 8 ou 16 mm et de boîtes en fer-blanc dans lesquelles il rangeait des négatifs. Chaque centimètre de mur était recouvert de photos où des dinosaures, des extraterrestres et d'autres êtres étranges l'étreignaient et saluaient avec enthousiasme l'appareil. Les rayonnages, bourrés de livres, menaçaient à tout moment de s'écrouler tandis que trois meubles pour archives qu'il était impossible de fermer semblaient prêts à cracher de leurs entrailles des centaines de documents : si les monstres logés dans son bureau ne l'avalaient pas, ce seraient sans doute ces montagnes de papier qui le feraient. Son bureau avait beau être chaotique, dès qu'il avait besoin d'un document, il le retrouvait aussitôt. L'homme qui était devant moi évoluait dans ces lieux comme un créateur dans son univers. Il portait une chemise de soie rouge et un pantalon couleur café retenu par une ceinture noire très au-dessus du nombril. Une moustache fine et clairsemée s'allongeait sur ses lèvres au-dessous de fosses nasales surmontées de grosses lunettes à monture noire. Après qu'il eut raccroché, son bras droit éloigna un tas de documents afin de dégager une oasis sur son bureau :
- Le mieux serait d'abréger les présentations, n'est-ce pas ? Je connais votre dossier comme vous connaissez sûrement le mien, dit-il non sans raison.
Comme j'avais pu le vérifier avant d'aller chez lui, j'étais en face du plus grand collectionneur du monde de films d'horreur et de science-fiction. Du temps où il était écrivain, éditeur et agent, Forrest J. Ackerman, également connu sous les noms d'Ackermonster, Forry, Dr Acula, Uncle Forry ou Mr Sci-Fi pour avoir imposé l'abréviation la plus célèbre du genre, avait réussi à rassembler la plus grande collection d'objets utilisés pour ce genre de films. Après avoir imprimé des fanzines à l'aide de ronéos prêtées au début des années 1930, il avait livré pendant des décennies une bataille aux dimensions galactiques aux côtés de jeunes écrivains de science-fiction pour que le genre qui faisait la conquête de l'univers ait droit à un peu de respect parmi les êtres humains. Sa collection devint si vaste qu'il construisit son propre musée baptisé l'«Ackermansion», demeure Ackerman. Toutefois, en fin de carrière, ses frais médicaux, ses conflits juridiques et son refus d'en faire payer l'entrée l'obligèrent à vendre dans la cour de sa maison une grande partie de la collection qu'il avait rassemblée pendant plus de soixante-quinze ans en fouillant dans les sous-sols de studios de cinéma, les conteneurs à ordures des compagnies cinématographiques et les combles de retraités qui s'étaient spécialisés dans les effets spéciaux.


Inspiré de faits réels, ce roman haletant aux confins du policier et du fantastique raconte l'enquête menée par un ex-agent du FBI pour retrouver, à la demande d'un vieux collectionneur passionné de cinéma d'horreur, la copie du premier film de vampires réalisé par Tod Browning, chef-d'oeuvre culte et maudit...
Ce livre (...) explore le côté obscur de l'âge d'or d'Hollywood, quand les turpitudes des acteurs et actrices demeuraient relativement dans l'ombre et pouvaient ainsi nourrir les fantasmes. Aujourd'hui, les freaks du septième art n'ont pas disparu mais leurs frasques se retrouvent aussitôt sur internet, laissant peu d'espace à l'imaginaire et à la fiction. (Elisabeth Philippe - Les Inrocks, février 2015)

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